Le POS de 1975 et le PLU de 2006

Des prémices au débat actuel

Schémas

Protection d'un sitepoint de vue

point de vue
échappée

Une échappée vers le Sacré-Coeur, rue Laffitte

Une échappée vers le Sacré-Coeur, rue Laffitte

Le POS de 1975 : une prise de conscience

Dans les années 1970, une prise de conscience commençait à se faire jour : les perspectives se bouchaient un peu partout dans la capitale avec le Front de Seine, la  Tour Montparnasse, les Olympiades, pour ne citer que les opérations les plus importantes*…  En 1972, le ministre des Affaires culturelles, Alain Duhamel, s’insurge contre la tour Apogée, 230 m de haut, qui, vue depuis le quai de la Mégisserie, allait être en covisibilité avec le Dôme du Panthéon.

*En réalité, il y en a eu bien d’autres, la tour de Jussieu, la faculté de Médecine de la rue des Saints-Pères, le bâtiment élevé situé derrière l’Ecole militaire, les bâtiments qui entourent la gare Montparnasse, etc.

Le préfet se met à défendre le paysage

Alors même que les programmes de tours et de hautes barres sont encore en chantier, le préfet (à l’époque Paris n’avait pas de maire) demande à l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme) une étude pour limiter la hauteur des constructions avec le « double souci de protéger les perspectives et les ensembles monumentaux ou historiques ».
Apparaît un « Plan des fuseaux de protection générale du site de la Ville de Paris« .

Une note technique donne des définitions, des explications avec des exemples

Les fuseaux imposent des contraintes auxquelles se plient les plafonds de
hauteur, ils interdisent toute émergence fâcheuse, pour préserver perspectives, points de vue, échappées…
 Une autre note donne l’exemple du Fuseau 29F pour une échappée depuis la rue Laffitte en direction de Notre-Dame de Lorette et du Sacré Cœur de Montmartre.

Une vision du grand paysage

En même temps, les réflexions se poursuivent sur les hauteurs dans les nouvelles opérations comme dans celles en cours. Il est envisagé d’abandonner les zones de hauteur maximale 45/50 m en périphérie. Celles-ci créeraient un effet « d’engoncement ». Le terme « effet de cuvette » est également employé.
Ainsi, en 1972, était-on sensible à l’émergence d’une barrière qui emmure Paris.
Le 21 juin 1972, le préfet décrète que les dérogations ne seront accordées qu’aprés un « examen extrêmement sévère des projets en fonction des incidences qu’ils pourraient apporter sur leur environnement (le paysage)… ». Les orientations sont les suivantes : respect du site naturel, protection absolue du centre historique, sauvegarde des perspectives majeures et des ensembles monumentaux, ainsi que protection de quelques points de vue particuliers ou échappées intéressantes. Les zones de 45/50 m sont conservées.

Le POS de 1975

En 1975 apparaissait le premier POS, Plan d’occupation des sols, de Paris. Le Plan des fuseaux de protection générale du site de la Ville de Paris en était un élément essentiel.

Le PLU de 2006 : comment Delanoë a manipulé les Verts

Le vote du PADD

Suite à la loi SRU (Solidarité renouvellement urbain) de Lionel Jospin, le POSapparaissait un nouveau document dans les Plans d’urbanisme, le PADD (Plan d’aménagement et de développement durable). Celui-ci donnait les orientations, comment comprendre le règlement. Il évitait ainsi aux juges de chercher à savoir quelle était « l’économie du Plu » lors des procès. Le 27 janvier 2003, lors du voteJ.-P. Caffet, adjoint du Maire chargé de l’urbanisme, déclarait « Il y a quelques jours, nous étions taxés d’avoir en réserve des projets de tours considérables sur l’ensemble de Paris, alors qu’il ne s’agissait en réalité que de propositions d’un concepteur pour une consultation très ponctuelle sur une porte de Paris. Aujourd’hui, c’est l’image du « Paris-Villages » (« d’Amélie Poulain ») qui paraîtrait résumer notre volonté. En réalité, ce n’est ni l’un, ni l’autre et le Maire l’a souvent rappelé ».

Le dépit de Delanoë

Passant outre, à l’automne 2003, avec une habileté consommée, B. Delanoë évoque les tours pour « lancer le pavé dans la mare ». Il consulte les Parisiens avec un questionnaire en 2004 : 120 000 personnes répondent et, à 63%, se prononcent contre les tours. Il renonce…    Il minimise l’impact des tours en disant qu’elles seraient aux portes de Paris. Il consulte les Parisiens avec un questionnaire en 2004 : 120 000 personnes répondent et, à 63%, se prononcent contre les tours. Il renonce, d’autant qu’il ne peut se passer de ses alliés verts qui y sont opposés. Il n’en fait pas moins étudier la question par ses services.

Les Verts manipulés

Aujourd’hui, dans le PADD, pas une seule fois le mot hauteur n’est mentionné, ni même le mot plafond des hauteurs. Résultat, le tribunal, en première instance, a jugé, pour la tour Triangle : « Le PADD prévoit que « l’attention portée aux témoignages architecturaux et urbains du passé doit, dans le même temps, laisser toute sa place à la création architecturale qui constituera le patrimoine de demain » et autorise « au pourtour de Paris…   l’expression de formes urbaines et architecturales nouvelles afin de poursuivre l’histoire très riche de l’architecture de Paris et d’éviter que la ville ne se transforme en ville musée » ; que, compte tenu de la localisation du projet et de ses caractéristiques, la révision simplifiée ne porte pas atteinte aux orientations du PADD, qui ne prohibe pas, par principe, la construction d’immeubles de grande hauteur sur le territoire de la commune de Paris ».

Autrement dit, les tribunaux allaient interprêter ce texte comme un feu vert pour la construction de tours, alors que les Verts croyaient que c’était l’inverse.

Delanoë lance les tours au lendemain des municipales de 2008

Les municipales lui donnent la majorité absolue. Du coup, les projets de tours fleurissent. Dès juillet 2008, un groupe de pression fait du lobbying auprès de Christian Blanc pour un projet monstre à la gare  du Nord. Manuel Guislain prétend être le premier à avoir eu l’idée d’un triangle de 150 m de haut à la porte d’Orléans, etc.

Lors de la séance du Conseil de Paris du 7 juillet 2008, l’approche se fait en douceur, presque timidement, il est seulement question d’un « processus de débats et de concertation » pour des tours à la frontière avec la banlieue.
Six sites sont retenus : les Batignolles, Masséna, porte de Bercy, porte de Montreuil, porte de La Chapelle, porte de Versailles. En même temps, la limite de hauteur y passe de 37 m à 50 m pour les immeubles de logements.