Les prémices du débat actuel, de 2008 à 2015

Des prémices au débat actuel

Les analyses du journal Monts 14

Le 20 septembre 2008 sont présentés pour la première fois des arguments anti-tours avec des articles de Thierry Paquot et Maurice Culot.

Réponses à l’analyse de la Ville par Patrice Maire (prospect & densité) et Michel Roux (coût des tours) ainsi que par Thierry Paquot (impact urbanistique) et Maurice Culot (changer le visage de Paris).

Jacques Amory explique qu’il ne sert à rien de construire plus haut si l’on respecte la règle du prospect, la distance entre les immeubles.

Un an après, l’opération Masséna nous donne raison : la règle du prospect  disparaît.

Des conditions financières avantageuses pour Unibail sont dénoncées : « Unibail joue au chat et à la souris avec Delanoë« .

Echanges entre, d’une part, la Ville, Anne Hidalgo, Herzog-De Meuron et, d’autre part, Goujon (maire du 15e), Monts 14 et le collectif contre la tour Triangle.

Description de la lutte acharnée des associations contre les tours. Pour Delanoë, « Paris, ce n’est pas venir voir les vieilles pierres » : réponses de Maurice Culot et Thierry Paquot en page 12.

Les réserves du Commissaire enquêteur et le rôle de l’UNESCO.

Le Parc des expositions est menacé par la tour Triangle.

Le scandale du renouvellement de la concession du Parc des expositions.

L‘impact des tours dans le paysage : covisibilités et photomontages de Monts 14. L’attractivité de Paris.

Delphine Bürkli veut le classement des toits de Paris au patrimoine mondial, Hidalgo s’y oppose.

L’évolution du débat

Le « Star system » en politique

Dès son élection en 2001, Delanoë a mené une politique « à grand spectacle » : tramway, suppression de files de circulation automobile, quartiers verts, Paris-plage, vélib, candidature de Paris aux Jeux Olympiques, etc. C’est le « star system » pratiqué au niveau politique, aller toujours plus loin…
Les tours ont valeur de totem : excellent pour la communication !
Les grandes entreprises en ont besoin pour leur image, mais aussi les architectes… et les politiques !
Un jour, Anne Hidalgo déclarait « les tours, je n’en fais pas un tabou ». Certes, mais elle se sert bien de leur valeur totémique !

L’effervescence des intellectuels en 2008

En 2008, avant même la réélection de Delanoë, qui ne fait aucun doute, apparaît une effervescence autour des tours. Le débat commence avec Nicolas Nahum dans Le Figaro du 8 janvier 2008. Thierry Paquot lui réplique « Les tours sont avant tout une utopie, une course à la hauteur où ceux qui croient gagner sont forcément perdants »  dans Le Monde diplomatique de mars 2008.

La folie des hauteurs petitIl publie son livre La folie des hauteurs (il a fait l’objet d’une note de lecture de Jacques Amory dans Monts 14 n° 33). Cet ouvrage remarquablement documenté est réaliste sur tous les plans : écologique, financier, attractivité…
Ce furent les « capitaines d’industries » et autres self made men qui, à partir de la fin du XIXe siècle, s’offrirent ces tours démesurées pour montrer aux yeux de leurs rivaux leur puissance…   Aujourd’hui, cela date…

Dans son numéro 112 de février 2009, la fédération IDFE des associations franciliennes publie un supplément, écrit par Sidler, sur la soi-disant vertu écologique des tours.

Le journal Monts 14 et la lutte contre les idées fausses

Assez rapidement, nous nous rendons compte que l’opinion publique n’est pas systématiquement hostile aux tours, pour diverses raisons. A cause du chômage et de la difficulté à se loger, fleurissent des préjugés : « construire plus haut est nécessaire pour loger la population », « elles créent des emplois ». Suite à la propagande de la Ville, »la tour Triangle sera transparente », « elle sera écologique », « il faut être moderne », etc. Nous y répondons dans Monts 14 n° 32, n° 33, n° 34, n° 37, n° 39…   de telle sorte que s’établit peu à peu un jeu de questions-réponses.

Les évènements nous donnent raison, tant en ce qui concerne la densité (n° 37) que le coût des tours (n° 39 et 49). A la suite des « Réserves du Commissaire enquêteur » apparaît une nouvelle préoccupation : la tour nuit au développement du Parc des expositions (n° 45). Et les conditions du renouvellement de la concession du Parc des expositions prouvent qu’Anne Hidalgo est prête à tout sacrifier pour une communication à court terme (n° 46). Y a-t-il eu marchandage, comme l’avait prédit Michel Roux ?

Hidalgo centre « son débat » sur le XXIe siècle, l’innovation « opium du peuple »

A l’été 2008, à peine intronisée adjointe chargée de l’urbanisme, elle publie un opuscule Paris XXIe siècle.
Fin 2008, elle donne le change avec la concertation, un appel aux observations sur le projet Triangle et un jeu de questions-réponses sur le site de la Ville. Cela s’arrête là : depuis, impossible de dialoguer, elle reste sourde aux contre-vérités qui lui sont opposées.
Il existe malheureusement des préjugés difficile à combattre : « Les tours créent des emplois », « Les tours permettent de loger la population », etc. Ces préjugés importent pour l’opinion publique. Anne Hidalgo les encourage…Comme tout bon politique, pour endormir l’esprit critique, elle cherche une religion, un « opium du peuple ». Ce sera l’élan vers le XXIe siècle, le progrès, etc.
La presse préfére rapporter cela plutôt que le réalisme de Monts 14.

Anne Hidalgo s’oppose au classement des toits de Paris au patrimoine mondial de l’UNESCO

Le 3 octobre 2013, Francesco Bandarin, sous-directeur général de l’UNESCO pour la culture, rompt le silence : «ce type de construction n’est pas à faire». Paris est une ville horizontale.

Le 2 octobre 2014, Delphine Bürkli lance un voeu en faveur du classement des toits de Paris à l’UNESCO. Il est voté ! Des photomontages de la tour Triangle en covisibilité avec le Dôme des Invalides sont mediatisés (n° 49). Le 29 janvier 2015, elle organise une réunion de lancement de cette candidature.
Anne Hidalgo est mise au pied du mur. La vue sur le site de la capitale fait rêver, elle aussi. Sans vergogne, le 9 février 2015, e
lle flingue ce projet de façon éhontée car « cela bloquerait une grande partie de l’innovation architecturale » (n° 50).

Déclarations marquantes

Anne Hidalgo, vers 2009

Un jour, alors qu’on lui demandait si elle accepterait un référendum, elle a rétorqué : « Je préfère pour les tours un débat plutôt qu’un référendum ». L’ennui est qu’il n’y a eu ni débat, ni référendum.

Delanoë, le 21 novembre 2011

« Paris, ce n’est pas venir voir les vieilles pierres…   on attend Paris comme une ville du XXIe siècle…   dans la compétition internationale, dans l’émulation intellectuelle et créative… la ville ne peut pas vivre, respirer si on a cette vision immobile, coincée de tout aménagement urbain»

Norman Foster, le 7 mai 2013

Le plus grand architecte des tours, interviewé par le journal Le Figaro, déclare : « Je ne vois pas en quoi Paris aurait besoin de gratte-ciel ».

Francesco Bandarin, le 3 oct. 2013

Le sous-directeur général de l’UNESCO pour la culture, rompt le silence : « Paris s’est établi au XIXe siècle comme une ville à six étages. C’est l’une des rares capitales horizontales encore préservées… Même si j’estime beaucoup les architectes de la tour Triangle (Herzog et De Meuron), ce type de construction n’est pas à faire. »
L’UNESCO a ignoré tous nos appels du pied. Cette institution est sévère pour les covisibilités, mais son autorité ne s’exerce que dans le cadre d’un classement préexistant. La déclaration de Francesco Bandarin est donc tout à fait exceptionnelle.

Anne Hidalgo, le 9 février 2015

Une possible classification à l’UNESCO « bloquerait une grande partie de l’innovation architecturale », empêchant, par exemple,  « de faire des toitures dédiées au développement durable, avec du photovoltaïque, ou végétalisées »
« Je n’ai pas envie de mettre Paris dans du formol ».
« Je ne suis pas d’accord, il faut arrêter de vouloir figer Paris ».