Triangle devant le Conseil d’Etat : 12/02/2019

Important : pour être placé dans les mêmes conditions que celles d’un visiteur descendant les marches du Sacré-Coeur, cette image doit être regardée à une distance de 35 cm de l’oeil et faire un peu moins de 50 cm de large

Le site de la capitale existe. Chaque année, 11 millions de touristes viennent à Montmartre le découvrir depuis les marches du Sacré-Coeur. La tour Montparnasse, immonde dans son ostentation, s’impose à leur regard de prime abord. La lecture du grand paysage passe par les points hauts.Vers l’Est, rien de bien folichon, avec les pans de la BNF, puis l’image de banlieue renvoyée par les tours du 13e. Le Dôme du Panthéon paraît engoncé (d’autant qu’il est en travaux). Tout à fait à droite, en revanche, le Dôme des Invalide, bâtiment historique emblématique, rayonne avec sa coupole dorée. Malheureusement, la Tour Triangle, plus haute, va apparaître en pleine covisibilité.  Les deux bâtiments vont chacun attirer le regard en se faisant concurrence…

En 1975, un Plan de protection générale du site avait été voté au Conseil de Paris. Il était constitué de fuseaux de protection de vues sur des monuments emblématiques. Ceux-ci traversaient Paris de part en part. Malheureusement, lors du PLU de 2006, ceux-ci ont été soit-disant simplifiés. Seul était conservé le « Plan des zones de protection « utiles » », qui n’allaient pas jusqu’à la banlieue. Les Verts, opposés au déplafonnement, ont été trompés : les juges ont cru que ce plan ne s’appliquait pas à la vue lointaine…   Telle est la raison pour laquelle Monts 14, dans le procès en cours contre le permis de construire, s’est attaché à montrer que les covisibilités à 7-8 km avaient de l’importance :
voir l’extrait du journal Monts 14 n° 60, pages 6 à 8.

Vue depuis les marches du Sacré-Coeur
(à mi-hauteur, si bien qu’une cheminée est gênante)
(si la taille à l’écran de la photo fait 16,5 cm, il faut se mettre à environ 1 mètre de l’écran) 

Monts 14 dépose un référé suspension
devant le Conseil d’Etat

Le décret du 12 février 2019 relie la Tour Triangle aux J.O. L’association Monts 14 est victime de « l’accélération des procédures » : elle ne peut plus faire appel. Le 6 mai, la requête contre le permis de construire de la Tour Triangle a été rejetée. Aussi Monts 14 a déposé, le 15 mai, un référé à suspension contre ce décret devant le Conseil d’Etat.
Le 14 juin, le juge des référés n’a pas reconnu le caractère d’urgence. Le décret reste attaqué quant au fond.

La construction de la tour Triangle ne fait pas réellement entrave au déroulement des Jeux Olympiques. Le permis a été accordé de façon irrégulière, alors que l’enjeu concerne des dizaines de millions de visiteurs de la capitale. Il ne faut pas empêcher la justice de suivre son cours sous n’importe quel prétexte.*****

Aucun respect pour l’Art haussmannien

Bâtiments Haussmanniens face à la tour Triangle

UBUESQUE !

Ce sont les beaux immeubles en pierre de taille qui font la valeur du tissu urbain alentour, bien plus que les monuments historiques. Or la tour se verra à de multiples endroits, notamment depuis les parcs et espaces verts (parcs André Citroën, Georges Brassens, promenade de la petite ceinture, etc.). Elle se verra dans la rue de Vaugirard jusqu’au métro Convention.
La confrontation avec le patrimoine haussmannien du 15e sera attisée par ces redondances.

Les aménités avancées par Unibail

« Les redans sur les façades Est, Nord et Sud créent une relation d’échelle identifiable, assurant une meilleure intégration avec les bâtiments d’habitation adjacents (notamment ceux à côté des boulevards des maréchaux), en donnant à l’observateur les clés pour appréhender la dimension d’un niveau du bâtiment Triangle en comparaison aux bâtiments aux alentours ».

La réponse de Monts 14

Dans l’Etude d’impact, Unibail aurait du évaluer la belle enfilade d’immeubles haussmanniens en face de la tour. C’est le soulignement des lignes par les cordons horizontaux, par les balcons et les corniches des immeubles en pierre de taille, qui permet le positionnement des volumes spatiaux du côté des numéros impairs des boulevards Victor et Lefebvre. Ce soulignement rattache l’immeuble à la cité, de proche en proche, tout en révélant l’espace personnel dans lequel l’individu trouve son épanouissement : voir le journal Monts 14 Hors-série n°4, Le langage architectural au temps d’Haussmann.

Par rapport à cela, les redans sont autant de protubérances distribuées de façon aléatoire. Ils donnent la clef d’un niveau, mais se comportent en « électrons libres ». Ils heurtent un sens de la Ville humaniste. D’ailleurs, un cube en surplomb, c’est le vide en-dessous des pieds à longueur d’année : ce n’est pas agréable en soi. Et les observateurs n’aiment pas être à la place de ceux qui y sont installés.

 

Une photo exagérément réduite  dans l’étude d’impact 

agrandir pour voir le format dans l’étude d’impact
et celui réellement perçu

 

L’observateur O, depuis les marches du Sacré-Coeur, a, pour ligne de mire, le Dôme des Invalides I. Les rayons partant de ses yeux rencontrent les limites de son diamètre (36,5 m) à 4,16 km en les points I1 et I2. Ils forment un triangle isocèle : OI1 = OI2 et OI est perpendiculaire à I1I2. À une distance OI’ de 35 cm des yeux, on a un triangle isocèle OI’1I’2 semblable à OI1I2 : OI’ / OI = I’1I’2 / I1I2. Le diamètre du Dôme est large de I’1I’2 = I1I2 * (OI’ / OI) soit 36,5 * (0,35 / 4160) soit 0,003 m ou encore 3 mm.

La zone fovéale : la capacité à distinguer dépend de l’angle de vision, elle est maximale dans un angle de 3° à 5° : zone rouge foncé

Echelle de Monoyer

 

 

Extrait du premier plan : à gauche dans l’Etude d’impact, à droite dans le photomontage Monts 14.

 

 

Vue du Dôme des Invalides : pixellisation des photos agrandies 15 fois d’Unibail (à gauche) et de Monts 14 (à droite)

Vue poétique depuis la rue Azaïs

 

 

 

Vue depuis Belleville

L’esplanade des Invalides

 

Les falsifications de l’Etude d’impact

Avertissement : les remarques ci-dessous et ci-contre font référence aux pièces jointes (désignées avec le préfixe P.J.) produites accompagnant  les mémoires de l’association Monts 14 dans le recours juridique devant le tribunal administratif contre le permis de construire. 

La taille des photos

L’enquête d’évaluation environnementale, qui a été menée du 12 septembre au 14 octobre 2016, dans le cadre de l’obtention du permis de construire*, était censée conduire à une juste appréciation des nuisances éventuelles du projet, y compris pour l’aspect culturel du grand paysage.

Pour cela il faut que les images soient ni trop grandes, ni trop petites. La dimension adéquate est simple à trouver. Dans les plans successifs qui coupent la direction du regard, l’image devient de plus en plus petite : 3 mètres à 300 m équivalent à 3 cm à 3 m, etc.

Il suffit d’aller sur les marches du Sacré-Coeur, muni d’un mètre-ruban, de le placer à 35 cm des yeux et de mesurer le diamètre du Dôme du Panthéon. Sa taille fait fait 3 mm et c’est cette taille que l’on doit retrouver sur toutes les images, quel que soit l’angle de vue, la focale, etc. 

Cette technique peut être formalisée avec la géométrie euclidienne, permettre de calculer les angles de vue, etc.
En trouvant des repères dans les images, elle permet surtout de calculer la taille qu’auraient du respecter les photos. Force est de constater qu’Unibail ne s’en est absolument pas soucié.

 

 

L’acuité visuelle n’a pas été respectée

Les Parisiens apprécient vivement d’avoir une vue sur la Tour Eiffel ou le Sacré-Coeur, etc…    même si leur appartement se trouve « à l’autre bout de Paris », même si cette vision ne fait guère plus de 3 mm de large à 35 cm de leur oeil. . .

Quelques considérations techniques

Pour distinguer un élément très petit dans le paysage, l’observateur concentre son attention, son angle de vision se rétrécit jusqu’à ne plus faire que 3 à 5° : c’est la zone « fovéale ». Les oculistes font appel à cette zone pour demander à leurs patients de distinguer des lettres à 5m de distance sur un tableau appelé « Echelle de Monoyer ». Les plus petites lettres correspondent à une vue normale : elles sont formées de traits d’une épaisseur de 0,1 mm. Cette taille rejoint la norme des 300 dpi reconnue par les graphistes, les photographes et les imprimeurs.

La mauvaise qualité des photos ne permet pas l’exercice de l’acuité visuelle

L’exercice de l’acuité visuelle vaut la peine à condition que la précision de l’image respecte la norme 300 dpi. Tel n’a pas été le cas, comme on peut le voir ci-contre.   

La photo de Monts 14 a été ramenée à la taille de 9,8 cm sans augmentation de la définition (restée à 300 dpi). Puis, les deux photos ont été grossies de 5 fois à l’identique et il en a été tiré un extrait.

Analyse des détails

Côté Unibail, agrandie 5 fois, la photo commence déjà à « pixelliser » : quand la définition est mauvaise, quand il n’y a pas beaucoup de dpi, les « points » deviennent visibles rapidement. Partons de gauche à droite. Tout d’abord, un homme tient un appareil photo : son bras n’est plus qu’une succession de carrés. Même chose pour la personne qui suit, avec sa natte. La figure du 3e personnage, de profil, est impossible à reconnaître. Son sac à dos ressemble à escalier de pixels. Quant à la personne à l’extrêmité à droite, sa coiffure ressemble à une bouillie rousse.
Sur la photo de Monts 14, en revanche, les personnages sont reconnaissables, surtout celui de l’homme aux lunettes noires accoudé au parapet. Les détails de la pierre sont identifiables (ils sont brouillés pour Unibail). Sur la gauche, on distingue nettement les franges des cheveux blonds d’une personnes de sexe féminin.

 

 

 

La photo est truquée : il n’y a aucun pixel doré pour le Dôme des Invalides

Non seulement la photo depuis le Sacré-Coeur est beaucoup trop petite et prise avec une mauvaise définition, mais encore elle ne présente pas la moindre trace de dorure. Or, il n’y a pas de nuage dans le ciel, le temps est ensoleillé et la bonne visibilité dénote une absence de pollution.
Ce n’est pas la seule photo où les pixels dorés disparaissent comme par enchantement : on peut citer aussi la vue depuis l’Arc de Triomphe.  

Pourtant, le Dôme des Invalides rayonne dans le paysage, même par temps un peu brumeux ou pollué. Et, de toute façon, les touristes préfèrent admirer le paysage depuis la Butte Montmartre par beau temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les perspectives gâchées dans les années 60-70

Dans les divers points de vue de l’Etude d’impact apparaissent des exemples de perspectives, de panoramas gâchés, de monuments emblématiques déclassés. Ils proviennent tous de « l’élan vers la modernité des années 60-70 ».

Par exemple, depuis le belvédère du Parc de Belleville, le Dôme des Invalides paraît insignifiant. Pourquoi ? Tout d’abord, parce qu’il fait l’effet d’être adossé aux tours du Front de Seine. Ensuite, une barre blanche masque son assise. Il est pris en sandwich entre les deux.

Un exemple entre tous est celui de l’intrusion monstrueuse de la Tour Montparnasse dans la vue sur l’esplanade des Invalides. Lors du Conseil de Paris du 24 juin 1965, le conseiller Frédéric-Dupont s’oppose avec véhémence à la tour Montparnasse. Le conseiller Minot fait valoir que le mal est déjà fait : « …Du haut de la Tour Eiffel, ce qui est le plus laid, c’est… ce fromage de gruyère blanc qu’on appelle la Faculté de médecine… au point le plus sensible, au cœur même de la Ville, près de la Seine. ». Frédéric-Dupont lui rappelle « le saccage de la magnifique perspective de l’Ecole militaire… surplombée par d’immenses bâtiments qui abîment de façon définitive le panorama ». Et il lance : « même si vous ne pouvez pas sauver toutes les perspectives et si un mal est définitivement accompli, eh bien ! Au moins sauvez encore quelques sites et, parmi ceux-là, sauvez celui des Invalides ! »

Tribunal de Paris :
un jugement inique

Les critiques de l’association étaient dûment étayées.
Le 6 mai 2019, le jugement du tribunal les a pourtant exagérément déformées,  interprétées de travers, voire falsifiées. Autrement dit, le tribunal a fait semblant de ne pas comprendre.
Page 10 du jugement, on lit :
« En se bornant, en dernier lieu, à critiquer le choix du procédé photographique de l’architecte et la méthode de réalisation des photomontages et des visuels, laquelle est au demeurant décrite de façon précise, l’association intervenante n’établit pas que les photographies des vues lointaines et des monuments historiques remarquables figurant dans l’étude d’impact auraient été de nature à fausser l’appréciation du public sur le projet. »
C’est absolument faux : l’association n’a évoqué le procédé photographique de l’architecte qu’à titre anecdotique ; elle a surtout montré, de façon claire, très étayée, que les images produites étaient 4 à 5 fois trop petites, parfois truquées  (la coupole des Invalides teinte en bleu), etc.
Page 14, on lit :
« Enfin, et contrairement à ce que fait valoir l’association Monts 14 au soutien de l’argumentation développée par les requérantes, l’étude d’impact comporte un point de vue depuis la basilique du Sacré-Coeur dans le 18e ar-rondissement de Paris (…) »
C’est une falsification des propos tenus : l’association a estimé que l’image produite par le défenseur, beaucoup trop petite, inutilisable pour apprécier l’impact de la tour, devait être considérée comme inexistante.
Page 16, on lit :
« La circonstance que la commission d’enquête a refusé de prendre en compte certains documents produits par l’association intervenante au motif qu’ils étaient sans rapport avec l’objet de l’enquête ou non fiables n’est pas de nature à traduire un manquement au principe général d’impartialité ni à constituer une irrégularité de nature à vicier la procédure… »
Falsification n°2 : pour la covisibilité de la tour Triangle avec le Dôme des Invalides, le mémoire en intervention fait un parallèle entre un grossissement exagéré (Monts 14) et une minimisation exagérée (Unibail), pour les renvoyer dos à dos
Falsification n°3 : les juges ont bien vu que c’est la minimisation excessive de la réalité qui faisait grief, pour l’association Monts 14, mais ils ont refusé d’en tenir compte

 

 

 

 

 

 

Vue depuis le boulevard Victor

La farce du rééquilibre

 

La vision réelle

Falsifications de la vue proche

Unibail a visiblement rechigné à produire des photomontages de la vision proche. Il les a aussi falsifiés de façon grotesque.

En voici un exemple caricatural.

Le déséquilibre des hauteurs (réponse à l’Autorité environnementale, p. 51)

« Vu du boulevard Victor : l’état existant illustre bien le déséquilibre de hauteur, corrigé par l’implantation de Triangle. »

La réponse de Monts 14

La SCI Triangle met sur le même plan des bâtiments situés à des distances différentes. C’est une farce ! Le piéton, regardant en direction de la Porte de Versailles, a la perception immédiate des distances et corrige les hauteurs en conséquence. Le bâtiment moderne à gauche lui paraîtra trop haut, mais pas démesuré.

Le gigantisme de la tour lui paraîtra d’autant plus disproportionné qu’il pourra faire la comparaison avec les bâtiments de 20 à 25 m de hauteur situés à l’entrée de la rue de Vaugirard.

 

 

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