Les distances entre immeubles ne sont plus respectées à Masséna...
Le
7 juillet 2008, Bertrand Delanoë lançait le processus allant vers la construction
de tours de bureaux et d’immeubles de logement de 50 m de hauteur. Il assurait
que « des évolutions sur les hauteurs jusqu’à 50 m…
augmentent la constructibilité…
ces gains peuvent être de l’ordre de 20 à 30% ».
Le 9 mars 2009, il réitérait, « Les
immeubles de 50 mètres (au lieu de 37 mètres) permettent d’augmenter la constructibilité
en logements (+30 % environ) », une assertion partagée par l’architecte
Yves Lion, qui est partie prenante dans l’opération.
Vis-à-vis d’une opinion publique inquiète de la difficulté à se loger dans
Paris, l’argument a du poids.
Celle-ci limite les gabarits dans le PLU de Paris. En général, la hauteur des façades est réglementée à H=P+3, P étant le prospect, c’est-à-dire la distance par rapport au front bâti opposé.

| Or,
comme le montre le schéma ci-contre, la hauteur n’augmente en rien la
densité si le prospect est conservé : - si on divise par 2 la hauteur H, on obtient 2 bâtiments au lieu de 1 seul - si on la divise encore par 2, c'est-à-dire diviser par 4, on se retrouve avec 4 bâtiments et ainsi de suite… |
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Bien entendu, il faudrait calculer plus finement, tenir
compte de l’épaisseur des immeubles. Il faudrait aussi tenir compte de la circulation
verticale : plus les tours gagnent en hauteur, plus les ascenseurs prennent
de la place. Dans tous les cas, il est faux de dire qu’une hausse de 30% de la
hauteur permet d’accroître de 30% la constructibilité !
Qu’observe-t-on dans l’enquête publique
qui s’est déroulée du 10 février au 27 mars 2010 pour l’opération Masséna, dans
le 13e ? Pour édifier une tour, il n’y a aucune obligation
de respecter la moindre distance par rapport au front bâti opposé. Il en va de
même pour les barres d’habitations, jusqu’à 37 m de haut ; ensuite, jusqu’à
50 m de haut, il faut respecter un prospect minimal de 20 m* par rapport au front
bâti opposé.
Autrement dit, pour augmenter la densité, il est bel et bien demandé d’abandonner
la règle du prospect.

Les conseillers de Paris ont voté à deux reprises
des délibérations entretenant le préjugé que la hauteur accroît la densité.
Il n’y était pas fait mention que cela remettait en cause un consensus existant
depuis plus de 40 ans.
Implicitement, il s’agit d’un juste milieu. Les habitants ne doivent pas vivre
une sensation d’étouffement insupportable, mais il faut les loger. Les bâtiments
doivent être suffisamment écartés pour que chaque logement ait suffisamment de
clarté mais il ne faut pas trop limiter les possibilités de construction.
Voici la solution trouvée : un homme debout doit voir le ciel au-delà d’un angle
de 45°**. A cela vient s’ajouter le toit qui, étant lui-même en pente, ne gêne
pas beaucoup la vue.
Modifier ce consensus méritait débat.
L’enquête publique n’a recueilli que quelques dizaines d’observations et
la presse n’a pas informé les Parisiens. Les Parisiens ont donc été trompés.
Le maire de Paris déroge aux limites de hauteur dans
six zones, ce qui change la vue sur les toits de la capitale.
Puis il autorise un dépassement, pour la Samaritaine, dans le fuseau des hauteurs
protégeant la perspective depuis Champs-Elysées, ce qui remet en cause l’existence
même de ce fuseau.
Voici maintenant qu’il déroge au principe de laisser une distance minimale entre
les immeubles, sans même le dire aux Parisiens.
Quel est son but ?
Désacraliser le règlement d’urbanisme, lui ôter tout son sens, retirer aux
Parisiens leur droit de regard sur leur cadre de vie ?
* Ou, plus précisément, de
10m par rapport au milieu de la voie
** De 1977 à 2008, nous avions H=P+2 côté rue et côté cour. La hauteur de la façade a été progressivement augmentée
de 1 m côté rue et de 2 m côté cour lorsque le PLU a été révisé en 2005
et 2008.