Les berges de la Seine, patrimoine mondial menacé par les tours

Le classement par l’UNESCO n’est pas respecté

(par la tour Triangle et celles de Bercy, Masséna…)

Une promenade du pont de la Concorde au Pont de Sully
(le jour où elles seront construites)

Jean-Louis Missika se félicite des tours qui seront visibles depuis le centre de Paris. Justement, l’UNESCO vient d’inscrire le coeur historique de Vienne parmi les biens du patrimoine mondial en péril parce que les immeubles de haute taille commencent à le défigurer. Pour se rendre compte de leur impact, imaginons un promeneur s’avançant le long de la Seine et décrivant des intrusions qui gâchent constamment le paysage.

 

Depuis le parvis de l’église de la Madeleine, le visiteur voit une « échappée » en direction de la Seine, une enfilade très étroite au bout de laquelle son regard embrasse l'Obélisque, le Palais Bourbon et le Dôme des Invalides... la vision s’élargit brusquement sur la place de la Concorde

Depuis le parvis de l’église de la Madeleine, le visiteur voit, dans une enfilade étroite, l’Obélisque, le Palais Bourbon et le Dôme des Invalides…   la vision s’élargit brusquement sur la grande place

 

Voir de loin, Notre-Dame trône sur l'Île de la Cité. Le regard embrasse les quais, le Dôme de l'Académie, les toits de Paris, les ponts...

Vue de loin, Notre-Dame trône sur l’Île de la Cité. Le regard embrasse les toits de Paris, les arbres sur les quais, le Dôme de l’Académie, les ponts…

 

à l’occasion d’une trouée dans les frondaisons. La tour de Jussieu jurait déjà dans le paysage. Avec les tours de Bercy, elle ne sera plus seule.

Vue sur la passerelle des Arts à l’occasion d’une trouée dans les frondaisons. La tour de Jussieu jurait déjà dans le paysage. Avec les tours de Bercy, elle ne serait plus seule.

 

Vue depuis la passerelle des Arts côté nord : immeubles style Louis XIII sur l'Île de la Cité, tours de Notre-Dame, grands arbres et Pont-neuf

Vue depuis la passerelle des Arts côté nord : immeubles style Louis XIII sur l’Île de la Cité, tours de Notre-Dame, grands arbres et Pont-neuf

Vue depuis la passerelle des Arts côté sud : les tours de Bercy apparaîtraient entre la tour carrée de la conciergerie et les immeubles de la place Saint-Michel. Au loin apparaissent les arbres du quai Montebello.Côté sud, les tours de Bercy apparaîtraient entre la tour carrée  et le quai Montebello.

 

Sur le quai des Célestins, il tombe sous le charme des frondaisons. A cet endroit, la Seine est très sinueuse et prend un petit air de province.

Le quai des Célestins sous les frondaisons : à cet endroit, la Seine est très sinueuse et prend un petit air de province.

 

Pont de Sully, les tours ne sont plus qu’à 3 km.

Pont de Sully, les tours ne sont plus qu’à 3 km.

 

L’église de la Madeleine

Depuis le parvis de l’église de la Madeleine, le visiteur voit une « échappée » en direction de la Seine, une enfilade très étroite au bout de laquelle son regard embrasse l’Obélisque, le Palais Bourbon et le Dôme des Invalides. Il est intrigué, attiré comme par un aimant vers cette vision. Au final, c’est l’apothéose, la vision s’élargit sur la place de la Concorde, elle explose d’autant plus que les yeux s’était habitué à l’espace confiné de la rue Royale.

Malheureusement, à mi-parcours, une fausse note sur la droite taxe son attention, la sempiternelle tour Triangle qui lui avait déjà gâché la vue depuis le Sacré-Coeur.

 

 

 

 

 

 

La vue sur l’île de la Cité

Pour oublier cela, notre promeneur se dirige vers le quai des Tuileries. Voir au loin Notre-Dame trôner sur l’Île de la Cité, quel plaisir !

Au fur et à mesure de l’avancée, les détails se précisent, le Dôme de l’Académie, les toits de Paris, les ponts, les quais… les nouvelles touches arrivent à point nommé.

Surprise, aujourd’hui, de l’autre côté de la Seine, vers l’Est, un vilain chapelet de tours se pointe au-dessus du front bâti, celles de Bercy, situées à 6 km.

Paris est-il si petit, si étriqué, qu’il se réduit à une île ?

Notre touriste dépasse le pont Senghor.

Enfin, la vue redevient magnifique au niveau du Pont du Carroussel. Le site de Notre-Dame est protégé par le Dôme de l’académie, entouré d’un bouquet d’arbres qui fait écran.

Le marcheur continue de longer le fleuve.

 

 

Le quai François Mitterand

Les arbres plantés sur le quai bas lui masquent plus ou moins la vue. Il se demande : « en hiver, quand les feuilles tombent, revoit-on ces parasites ? ».

Cette protection prend fin, brutalement, à proximité de la passerelle des Arts, à l’occasion d’une trouée dans les frondaisons.

La tour de Jussieu jurait déjà dans le paysage. Désormais, elle n’est plus seule. Hidalgo lui a donné de la compagnie : des espèces de “verts de terre” se dandinent au-dessus des toits, les tours de Masséna.

 

 

 

 

 

 

 

La passerelle des Arts

L’observateur emprunte la passerelle des Arts. Il se trouve là à un endroit très prisé des touristes.

Les immeubles du XVIIIe siècle sur l’île de la Cité, les tours de Notre-Dame, les grands arbres et le Pont-neuf sont en merveilleuse harmonie, comme si cela allait de soi. Son oeil scrute, et, comme un vertige, les détails agréables défilent.

Autour de lui, des personnes complètement dépaysées expriment leur enthousiasme en des langues étrangères.

Un détail le glace pour les immeubles de belle facture de la place Saint-Michel : les tours de Masséna émergent à l’arrière des toits. Elles ne devraient pas se trouver là, elles gâchent tout !

Ce dépassement a beau ne pas être très important, la sensation n’est plus celle d’un site vierge. La modernité insipide, on s’en fiche ! C’est l’authenticité qui a du prix, l’impression originelle.

Du coup, l’intérêt retombe.

Désabusé, il va vers la rive opposée pour s’approcher d’un artiste qui dessine des portraits et voir la tour de la conciergerie ponctuer le front bâti de l’Île de la Cité.

Nouveau choc, les tours de Bercy font violence au paysage, en plein dans cette trouée visuelle où seuls les arbres se profilent derrière le Pont-Neuf.

Paris est vaste. Le charme des beaux immeubles en pierre de taille se voit jusqu’à Vincennes. Mais là, d’un coup, il paraît petit, étriqué, il donne l’impression de ne pas dépasser l’Île de la Cité.

Faut-il détester ce Paris que nous envie le monde entier pour le minimiser ainsi !

Les tours créent de nouvelles centralités”, déclare Missika.

Pour celui qui contemple depuis le pont des arts, la seule centralité, c’est celle d’un Paris qu’il veut aimer, les tours, ce n’est que de la pub pour l’ego d’Hidalgo.

 

 

Le quai des Célestins

Notre piéton se fond dans la foule sur le parvis de Notre-Dame, traverse le pont Saint-Louis, puis le pont Louis-Philippe pour prendre goût au front bâti de l’île Saint-Louis.

Sur le quai des Célestins, il tombe sous le charme des frondaisons. A cet endroit, la Seine est très sinueuse et prend un petit air de province.

Et vlan ! Au dernier coude, les tours de Masséna lui infligent une picure de rappel. Le choc est d’autant plus rude qu’il avait vraiment cru être protégé de ce type d’intrusion à cet endroit.

 

 

 

 

 

 

Paysage de tours depuis le pont de Sully

Arrivé sur le pont de Sully, les tours ne sont plus qu’à 3 km. Il voit en plus rapproché ces présences obsédantes qui gâchent tout.

Tours Duo, tours de Bercy ou de la gare de Lyon ne sont que des étages empilés, la hauteur remplace l’intelligence.

Des “nouvelles portes de Paris” dixit Missika ?

Des médiocrités variées plutôt !

Les tours, je n’en fais pas un tabou”, dit Hidalgo
Il faut vraiment s’aveugler pour aimer ces empilements d’étages !

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