Musée Mendjisky : Le chemin retrouvé des Écoles de Paris

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15SQV FACADE

Qu’importe le but, c’est le chemin qui compte, ce proverbe de marcheur, convient parfaitement au Musée-Mendjisky-Ecoles de Paris, qui a pour vocation, de remettre à leur place des Artistes Français ou assimilés, presque oubliés, appartenant aux Ecoles de Paris, c’est-à-dire, par souci de simplification, les artistes héritiers de la Peinture et de la sculpture Française.

Certains en leur temps, ont déclaré que le concept « Ecole de Paris » était indéfinissable. Notre défi est de montrer que la définition nuit à l’objectivité et que s’appuyant sur des sources historiques de la période de l’occupation et de celle du retour à la « normale » en 1945, nous pouvons remettre en question la relégation habituelle de l’Ecole de Paris aux notes de bas de page.

La première Ecole de Paris, 1905- 1939, désigne des artistes étrangers assoiffés de liberté et de découvertes qui s’installent d’abord à la RUCHE et ensuite dans le quartier de MONTPARNASSE, Maurice MENDJIZKY en fait partie et c’est à lui que nous avons consacré notre exposition inaugurale.

La deuxième ou nouvelle ECOLE de PARIS voit le jour après la guerre en 1945, et fut littéralement asphyxiée au milieu des années soixante par la vague déferlante du Pop Art et de l’Art conceptuel, dont les dérives, à l’heure actuelle, marquent encore notre environnement artistique.

Le choix de l’abstraction chez certains, leur a permis de subsister, mais les diktats institutionnels n’épargneront pas la grande majorité des peintres et sculpteurs figuratifs oubliés de nos jours, exception faite peut-être de Buffet ou Brasilier sauvés par des marchands japonais.

Les artistes de cette Ecole sont sortis de la guerre et de l’occupation nazie, marqués par l’humiliation, les privations et l’angoisse du lendemain. Avides de liberté, mais restant fidèles à la Peinture de tradition Française, Ils ont expérimenté, chacun à leur manière, tous les styles pour donner à leurs contemporains une vision en creux, témoignage d’un monde dont il fallait se souvenir et qui disparaissait devant leurs yeux.

La sincérité de leur démarche est liée à leur attachement pour la peinture de chevalet. Ils refusaient de prendre par t à la course effrénée de l’art contemporain comme objet de consommation. Ils faisaient peu de cas de ce snobisme intellectuel qui voulait que l’Art soit mort.

Cette Peinture Française est donc à découvrir.

Nourrie d’un riche héritage européen : expressionnisme, cubisme, surréalisme, dans la lignée aussi des Impressionnistes et des Fauves, elle se révèle aujourd’hui, atypique et digne d’intérêt. C’est à ce vivier d’artistes qu’appartient SERGE MENDJISKY, le fils de Maurice. D’autres que lui, avec leurs couleurs chatoyantes ou leur noirceur existentielle viendront animer les cimaises de notre espace vaste et lumineux.

Pour nous aider dans notre travail, nous allons nous appuyer sur deux historiennes d’art, la première est Française, Lydia Harambourg qui a rendu compte dans L’Ecole de Paris, 1945-1965Dictionnaire des peintres de la diversité stylistique qui témoigne des expressions multiples d’une exceptionnelle vitalité créatrice, qui va de l’abstraction lyrique à l’abstraction géométrique, de l’art informel à la figuration et de la non-figuration à l’expressionnisme.

La seconde est L’historienne anglo-saxonne Natalie Adamson qui dans son ouvrage extraordinairement bien documenté : Painting, Politics, and the Struggle for the Ecole de Paris, 1944-1964 (« Peinture, Politique et la Lutte pour l’Ecole de Paris, 1944-1964 »),( non traduit enfrançais). Elle s’interroge, non pas en plaidant en faveur d’un quelconque mérite « caché » de l’art et des idées associés à cette Ecole, mais en établissant comment et pourquoi l’Ecole de Paris a fourni un véhicule très important pour les débats artistique et politique. Son livre présente une étude historique soutenue, décrivant la manière dont cette « école » fut constituée des peintures de divers groupes d’artistes, du domaine combatif de la critique d’art, des politiques de conservation, des galeries d’art et des expositions nationales. En creusant en profondeur les ressources importantes de la presse quotidienne et des journaux d’art, les archives de galeries et gouvernementales, les écrits d’artistes et les interviews avec les artistes survivants et les critiques d’art, le livre retrace les artistes, les expositions et les débats sur la critique d’art qui ont fait de l’Ecole de Paris un champ de conflit esthétique et politique. Ainsi, en situant l’Ecole de Paris au sein de son contexte artistique, social et politique, Natalie Adamson démontre la manière dont cette École fonctionnait comme la force déterminante dans l’art français d’après-guerre, grâce à sa défense des traditions de la peinture sur chevalet, devenant un point de repère international pour l’expansion du modernisme. En ce faisant, elle présente une perspective toute nouvelle des relations controversées entre la peinture, la politique et l’identité nationale en France au cours des deux décennies après la Deuxième Guerre Mondiale.

En 2014, on s’aperçoit que la France et les Français n’ont pas encore reconstruit de façon positive, leur identité nationale. Ce retour en arrière sur l’Art Français d’après-guerre analysé dans son contexte géo- politique, pourrait peut-être aider à revaloriser, auprès d’un large public, un pan de notre culture occulté depuis 50 ans et pourquoi pas dans les années à venir redonner à Paris sa place de capitale des Arts qui lui a été volé par New-York dans les années 50.

Je terminerai par une anecdote provocatrice : Au début des années 60, Serge Mendjisky, à l’occasion d’une de ses expositions à Los Angeles, donna une conférence à des étudiants américains, sur l’Art Français. A la fin de son exposé, un étudiant lui demanda ce qu’il pensait de l’Ecole de New-York, il répondit qu’il ignorait qu’elle existât. C’est malheureusement ce que j’entends trop souvent des visiteurs du Musée quand je leur parle de la « Deuxième Ecole de Paris ». Alors pourquoi ne pas essayer de combler cette lacune culturelle nationale ?

Patricia Mendjisky

 

 

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