Histoire de l’avenue Denfert

Histoire du Quartier

La constitution de l’îlot

La constitution de l'îlot

1/ L’héritage des grands domaines ecclésiastiques

Le secteur est caractérisé par les nombreuses institutions religieuses ou civiles qui l’occupent telles le Couvent de la Visitation (2,2 ha), l’Association Notre Dame de Joye (0,9 ha), la Maison Marie Thérèse (1,3 ha), l’Œuvre des Jeunes Filles Aveugles (0,8 ha), l’Observatoire de Paris (3,6 ha), la Maternité de Port-Royal (2,8 ha) et l’Hôpital Saint Vincent de Paul (3,4 ha).
Celles-ci initialement implantées hors les murs, le long d’un des principaux axes d’entrée de Paris, occupent encore de vastes emprises, généralement aménagées en jardin.

XVIIème siècle et XVIIIème siècle: les domaines agricoles et religieux

Les grandes propriétés du Clergé se répartissent le long des deux principaux axes nord-sud d’origine médiévale menant au centre de Paris : le Chemin d’Orléans prolongé par la rue d’Enfer, et la rue du Faubourg Saint-Jacques. Ces terrains cléricaux, composés de vastes jardin enclos et de terres cultivables, présentent des compositions ordonnancées qui marquent une transition entre la campagne et la Ville. Le bâti se concentre alors principalement le long de la rue du Faubourg Saint-Jacques. Hors les grands domaines, l’activité est dominée par trois modes d’occupation du sol : les cultures, les moulins et l’exploitation des carrières (l’inspection générale des Carrières sera créée en 1777 afin de consolider les terrains).
La fondation de l’Institution religieuse en 1655 sous l’appellation « l’Institution des Pères de l’Oratoire » occupe alors un vaste domaine en rive ouest de la rue d’Enfer, face aux terrains de l’Observatoire édifié en 1672.
Le futur boulevard Montparnasse est alors aménagé en promenade (carte de l’Abbé Delagrive 1727).
Suite à l’édification de l’Enceinte des fermiers généraux en 1784 dont témoignent les pavillons d’octroi de la barrière d’Enfer (Place Denfert- Rochereau), les limites de la Ville reculent déterminées par les actuels Boulevards Raspail et Saint-Jacques.
L’Institution de l’Oratoire, devenu en 1790 Hôpital d’accouchement, succursale de la Maternité située rue de la Bourbe, se situe dorénavant à l’intérieur des limites de Paris.
A la suite de la révolution et la confiscation des biens du clergé, des projets urbains sont rendus possibles, comme la liaison monumentale entre le jardin du Luxembourg et l’Observatoire dans l’axe du méridien.
L’emprise de l’institution est réduite d’un vaste jardin d’agrément au nord, en façade sur la rue d’Enfer.
Si le processus d’urbanisation du quartier reste faible, comme le montre l’Atlas Vasserot au début du XIXème siècle, de nouvelles rues voient le jour, telle que la rue Campagne Première en 1797. Le secteur reste structuré par les grandes avenues, boulevard d’Enfer (aujourd’hui boulevard Raspail) et boulevard du Mont Parnasse bordés de vastes parcelles très peu bâties. La rue d’Enfer de largeur encore inégale accueille quelques constructions sur ses rives. La rue de la Caille, qui relie la rue d’Enfer au boulevard d’Enfer, a depuis disparu.

XIXème siècle : l’urbanisation


Le XIXème siècle marque une évolution certaine dans la morphologie actuelle du quartier et son mode d’occupation du sol peu dense, les vastes emprises à l’ouest de la rue d’Enfer confirmant leur vocation d’accueil : ouverture de l’Hospice Marie-Thérèse en 1816, du Couvent de l’ordre de la visitation rue d’Enfer en 1841, de L’Institut des jeunes Filles aveugles en 1857.
Les parcelles riveraines de la rue Campagne première sont loties, la cité ouvrière du passage d’Enfer construite en 1855 (Félix Pigeory architecte), la rive sud du boulevard Montparnasse est densifiée.
D’importantes opérations d’aménagement et de voirie participent à l’évolution du quartier :
– Ouverture du cimetière Montparnasse en 1824
Percement des boulevards Arago et Port-Royal sous Haussmann (1854-1871)
– Démolition de l’Enceinte des fermiers généraux à partir de 1860 : les anciens chemins de ronde deviennent les boulevards extérieurs (b
oulevards Raspail, Edgar Quinet, Saint-Jacques) :
-Elargissement du boulevard Denfert-Rochereau en 1882, les pointes d’îlots au nord de la Place sont bâties
– Percement des deux impasses de la rue Boissonnade (impasse Elisabeth en 1859 à l’ouest / impasse Boissonnade en 1893 à l’est)
– Elargissement de la rue Cassini reliant la rue du Faubourg Saint- Jacques et la rue Denfert-Rochereau en 1898
– L’Hospice pour enfants trouvés augmente son linéaire de façade sur la rue Denfert-Rochereau et s’enrichit de plusieurs bâtiments édifiés sur la trame orthogonale des jardins.

XX ème siècle : la densification

Alors que le percement de la rue Boissonade est achevé en 1930, les mutations du secteur relèvent essentiellement d’opération de densification s’échelonnant tout au long de la période :

  • Construction de l’Américan Center en 1934 et de nombreux immeubles d’ateliers d’artistes au cours de la première moitié du siècle, rue Boissonade et rue Campagne Première, rue Cassini.
  • Diverses constructions réparties sur l’ensemble du secteur
  • Densification progressive du site de Saint-Vincent- de-Paul
  • Construction de la rive Nord du boulevard Raspail (ADP, extension de la Maison Marie-Thérèse, Fondation Cartier).

La traduction de ce processus de densification est variable. Si de nombreux projets s’insèrent aisément dans les tissus constitués riverains des boulevards et des rues Boissonade et Campagne Première, il en est tout autrement des certains projets récents ayant réduit la visibilité des jardins intérieurs.