La bataille des abords des monuments classés

Les abords des monuments historiques
Charles Bourély, ancien Conservateur des monuments historiques de Paris, disait toujours : « Classer un monument, c’est classer ses abords ». Ce principe rejoint l’article R. 111-21 du code de l’urbanisme :
« Le projet peut être refusé ou n’être accepté que sous réserve de l’observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l’aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales. »

La sensation éprouvée face à un chef d’œuvre du passé, auquel se rattachent diverses réminiscences culturelles, est gâchée lorsqu’une œuvre médiocre est placée en covisibilité.
Les ABF* sont spécifiquement chargés la bonne insertion des nouveaux bâtiments lors de l’instruction des permis de construire.

Necker
A l’été 2006, l’hôpital Necker veut construire un immeuble à l’angle du boulevard Montparnasse et de la rue de Sèvres. Il s’agit d’un site sensible, en covisibilité avec le bâtiment classé de l’INJA, dans l’axe du boulevard des Invalides et à la frontière du PSMV* du 7e. Il existe un hôtel particulier, signalé sur la liste des bâtiments classés PVP*, derrière lequel le projet pourrait se cacher un peu. Au lieu de cela, sur les trois architectes en lice, celui qui est retenu, Philippe Gazeau, est le seul qui ne respecte pas cette protection. La masse imposante, d’une modernité voyante, écrase directement le carrefour.
Nous apprenons incidemment que l’ABF a subi des pressions de sa hiérarchie.

Siège de la Banque postale
La Banque postale procédait à une opération de réhabilitation et de surélévation de son siège social au rue de Sèvres, à côté de l’hôtel de Choiseul-Praslin classé monument historique. Fort occupée à Necker, l’association Monts 14 se fie au contrôle des ABF, le bâtiment protégé étant particulièrement majestueux. Bien mal lui en prend. A l’été 2010, elle découvre un OVNI construit juste devant, c’est la honte !.

Amendement La Raudière (et loi anti-association)
Le 8 janvier 2009 est déposé l’amendement, dit La Raudière, à la loi « d’accélération de la construction ». L’avis de l’ABF est supprimé dans les ZPPAUP*. Or, ce système de protection du patrimoine et du paysage repose entièrement sur l’ABF. L’assemblée nationale et le sénat votent pareillement. Heureusement, cette loi est annulée par le Conseil constitutionnel ! En réalité, cet amendement est lié au Grenelle II de l’environnement. Des maires souhaitent une dispense de l’avis des ABF pour l’installation des panneaux solaires dans les ZPPAUP. Comme par hasard, trois mois après, le 6 avril, R. Blum et J.-C. Gaudin déposent une nouvelle loi pour museler les associations.

Suppression des ZPPAUP, remplacées par les AMVAP
Les éoliennes atteignent, avec leurs ailes, jusqu’à 150 m de haut. Avec les autres « saillies écologiques », elles apparaissent partout en France, même dans des sites sensibles comme la baie du Mont Saint-Michel. Elles sont devenus un enjeu majeur pour les associations de défense des sites en province. Résultat, en avril 2010, certains députés et sénateurs tentent de supprimer, purement et simplement, les ZPPAUP*, le système français de protection du patrimoine et des paysages. Les élus partisans du patrimoine parviennent cependant à les remplacer par des AMVAP*, au prix d’une concession : les maires ont l’autorisation de faire des recours auprès du préfet.

Grenelle II, densification et sites classés
La loi Grenelle II du 12 juillet 2010 porte à 30% le dépassement du COS* pour les immeubles classés HQE*. Elle épargne les sites classés ou inscrits. Las, six mois plus tard, un cavalier*, dans la loi 2011-12 du 5 janvier 2011, réintroduit subrepticement le dépassement dans les sites protégés (limité à 20%).

Accélération de l’évolution du bâti et abords du patrimoine classé
Le projet de loi Urbanisme de projet, en préparation en 2011, veut supprimer tout le système de normes actuel pour accélérer la densification urbaine. La loi Sarkosy du 21 mars 2012, plus radicale encore, propulse une évolution aveugle du bâti. En 2013, des changements dans le code de l’urbanisme se préparent. Un tsunami ravageant la physionomie du bâti ancien dévaloriserait le patrimoine classé partout en France !