Le patrimoine aux enfers

Dans les années 2000, la lutte pour le logement et les impératifs écologiques passent peu à peu au premier plan dans les préoccupations de la classe politique…    aux dépends de la protection du patrimoine et du droit des associations à aller en justice !

Pression du COS et des gabarits sur le bâti ancien

Les petits immeubles de faubourg qui donnent du charme aux quartiers parisiens disparaissent systématiquement car ils se trouvent souvent sur des terrains peu densifiés, propices aux opérations de démolition-construction. Toute hausse du COS* et des gabarits dans le règlement d’urbanisme accentue cette menace. L’association Monts 14 y est hostile a priori, d’autant que ces mesures sont généralement prises sans la moindre investigation, sans le moindre égard pour le charme du paysage urbain.
Par exemple, fin 2003, B. Delanoë décide brutalement de porter à 4 au lieu de 3 le COS en bordure de voie. Il y renonce début 2004. Cependant, la loi du 13 juillet 2005 autorise une hausse de 20% du COS pour les immeubles HQE. De plus, une ancienne loi du 21 janvier 1995 autorise une hausse de 20% du COS pour le logement social. Lors de la Révision du PLU de 2005-2006, ces deux dispositions ne figurent pas à l’article UG14 du règlement. Toutefois, elles sont votées séparément dans une délibération externe à la Révision du PLU. Elles peuvent donc être appliquées même si elles ne figurent pas dans l’article UG14.
En 2008, la densification augmente encore. La hauteur des immeubles parisiens est augmentée de 1 m. Côté cour, les cœurs d’îlot sont davantage densifiés.

Grenelle de l’environnement : aveugle pour le patrimoine

Le souci de préserver les richesses naturelles de la planète a pris le pas  sur la sauvegarde du patrimoine et toute autre considération d’ordre esthétique en général. A partir de 2007, le Grenelle de l’environnement veut favoriser la construction de bâtiments HQE sans se soucier du paysage urbain. Il veut limiter l’étalement urbain. La solution passe une nouvelle fois par une densification destructrice avec le COS, les gabarits…    dans les quartiers anciens sans distinction, y compris dans les sites classés. Bien entendu, les « saillies » sont acceptées pour l’isolation thermique, les petites éoliennes, les panneaux solaires et photovoltaïques…  Le règlement prescrit que leur volumétrie doit s’insérer harmonieusement dans le cadre bâti environnant. En réalité, il n’y a eu aucune directive pour les minimiser, aucune étude d’impact, alors que Paris est la capitale la plus visitée au monde.

Qui défend le patrimoine classé ?

Revirement au ministère de la culture
Dans les années 1990 se produit un revirement au ministère de la Culture : après des décennies où le patrimoine avait le vent en poupe, où l’on classait « à tour de bras », on réalise que les bâtiments classés MH* ou ISMH* sont trop nombreux, coûtent cher, etc.
Comble du sacrilège, le ministère de la culture estime que la conservation du patrimoine historique doit être « accomodante » vis à vis du profit, des intérêts économiques, etc. En 2003, le cellier-réfectoire du Collège des Bernardins, rue de Poissy, unique en son genre, de plus de 80 m de long sur 15 m de large, avec ses arcades en parfait état, est cloisonné pour être transformé en salles de classe. En décembre 2009, l’Etat se désengage des monuments historiques. La vente de l’Hôtel de la marine fait scandale. En 2010, le ministère de la Culture veut détruire l’escalier central de la Bibliothèque nationale de France, les arènes de Fréjus sont coulées dans le béton armé, pour devenir un lieu de spectacle.
Décidément, le patrimoine, « on s’assoit dessus », au sens propre comme au sens figuré !
En même temps, des personnalités beaucoup plus intéressées par la création moderne que par la conservation sont promues ministres de la culture : après Emile-Joseph Biasini, Jack Lang…   apparaissent Jean-Jacques Aillagon, Christine Albanel, Frédéric Mitterrand,  etc.

Mixité du passé et du modernisme
Avec eux, le principe de la mixité des œuvres du passé et de la modernité passe progressivement dans les mœurs. A cet égard, la Pyramide du Louvre de Peï, toujours citée en exemple, est un vrai cheval de Troie pour la « protection des abords ». Les mélanges invraisemblables deviennent des audaces, tant pis pour les attentes des visiteurs qui s’étaient « mis en condition » pour autre chose.

Abandon des abords
En 1996, à peine les statuts de l’association Monts14 déposés, nous constatons que l’avis de l’ABF est une pure formalité. Un « avis réservé » est émis à une ou deux reprises, pour la forme, avant un « avis favorable » accordé systématiquement. Tel est le cas pour le bâtiment disgracieux construit derrière la gare RER de Denfert, classée à l’ISMH*.
Un tournant apparaît de 2006 à 2009. Jusque-là, il était légitime de réagir aux projets qui enlaidissent le paysage. La loi Borloo va à l’encontre de ces réactions en limitant le droit d’aller en justice. Le ministère de la Culture va plus loin : la modernité, même la plus dérangeante, même la plus tonitruante, n’est pas contraire au respect du patrimoine. A partir de 2009, les élus sont sur le point de supprimer toute protection des abords du patrimoine classé, purement et simplement, à cause du Grenelle de l’environnement.

Les défenseurs du patrimoine de plus en plus privés du droit de recours

La possibilité de défendre le patrimoine en faisant des recours juridiques s’amenuise d’année en année. Dans les années 1990, il était seulement question de compliquer la procédure, voire d’infliger des amendes. De plus en plus, c’est le droit même d’aller en justice qui est remis en cause.