Modernité et création architurale

Réinventer Paris

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Modernité et création architurale

 

Le débat actuellement

 

Thierry Paquot, philosophe de l'urbanisme, auteur de nombreux ouvrages sur la ville et l'architecture

Thierry Paquot, philosophe de l’urbanisme, auteur de nombreux ouvrages sur la ville et l’architecture

Karim Basbous enseigne à l'ENSA Paris-Val de Seine et à l'Ecole polytechnique. Il est le rédacteur en chef de la revue Le visiteur de la SFA, Société française des architectes

Karim Basbous enseigne à l’ENSA Paris-Val de Seine et à l’Ecole polytechnique. Il est le rédacteur en chef de la revue Le visiteur de la SFA, Société française des architectes

 

Ivan Illich (1926-2003) est un philosophe, est un penseur de l'écologie politique et une figure importante de la critique de la société industrielle, a introduit le concept d'outil convivial, de société conviviale

Ivan Illich (1926-2003) est un philosophe, un penseur de l’écologie politique et une figure importante de la critique de la société industrielle, a introduit le concept d’outil convivial, de société conviviale


 

Réinventer Paris
le fantasme devient « l’opium du peuple »

La fuite en avant
ou Hidalgo, Pompidou, les mêmes errances

En 2008, Hidalgo disait : « Paris doit s’enrichir de nouvelles créativités », « Paris va changer de visage ». Comme rien ne se passait, vers 2011, elle s’est mise à obliger les architectes à pratiquer une esthétique « de rupture ». Des énormités architecturales apparaissent un peu partout dans Paris.

En 2015, elle flingue un projet de classement des toits de Paris au patrimoine de l’UNESCO. Elle détruit un rêve, une image à laquelle les Parisiens sont attachés. Elle est donc obligée de surenchérir, de faire rêver davantage encore…
Elle en arrive au fantasme, au pur imaginaire, qui fait envie, même si on n’y croit pas.

Elle a écrit un éditorial pour l’exposition « 23 projets Réinventer Paris » au Pavillon de l’Arsenal. Dans ce court texte d’une page, les mots innovant, novateur, innover, reviennent au moins 8 fois. A chaque phrase, reviennent les expressions « créer sans se limiter », « donner libre cours », « abandonner tout modèle », « innover », inventer », « donner naissance », « exploré », « découvert », « inventé », « dépasser », « s’affranchir », « se découvre », « se construit ».

Innover, inventer, elle veut y croire : cela ne prouve pas qu’il y ait de la créativité.

Patrimoine et modernité, un couple sous haute tension ? 

Le reproche est récurrent. La défense du patrimoine est souvent exposée au reproche d’un manque d’ouverture envers la modernité.

Dans Monts14 n° 42 le débat s’élargit avec une double page sur « La bataille du patrimoine et de la modernité ». En effet, le 4 novembre 2012, l’AJP, Association des journalistes du patrimoine tient une conférence sur ce thème au Carrousel du Louvre . Le 10 novembre, le CAUE92* invite des architectes à expliquer leurs bizarreries.

Depuis 1996, la création architecturale reste au point mort

De 1962 à 1999, en moins de 40 ans, 367 949 logements ont été construits à Paris, soit 30% du bâti existant en 1962 (source INSEE). Dans le 14e, en 1995, 60 % des immeubles avaient moins de 35 ans. Dans le 19e, c’est encore pire, la reconstruction est de l’ordre de 85%. La modernité s’est résumée à une uniformisation par le béton à très grande échelle.
En 1996, Monts 14 avait été fondée en précisant dans les statuts que son objet était de « changer les règles de l’urbanisme pour des villes à visage humain, avec une architecture de qualité, s’intégrant bien dans le tissu urbain traditionnel ».
Les maisons de faubourg, le Paris faubourien, d’une façon générale, mettait de la diversité dans le paysage, aussi les statuts prévoyaient-ils de le protéger. 

Changer la physionomie de Paris

APUR, préface d'Hidalgo

APUR, préface d’Hidalgo

En 2008, A. Hidalgo veut rompre avec une modernité indigente.  « Paris devra savoir imposer sa modernité pour conserver son rang » (Paris 21e siècle, publié par l’APUR, 2008).

L’ennui est qu’elle confond créativité et agressivité envers l’existant. De fait, son prédécesseur ne cessait de donner des coups de canif dans le paysage parisien. Il multipliait les dépassements des limites de hauteur dans le règlement d’urbanisme : 15 m de haut en sus pour les signes architecturaux en 2006, puis augmentation à volonté pour les éoliennes, etc. Fin 2009, il écornait le fuseau de protection des hauteurs qui protège la vue depuis l’Arc de triomphe sur les Champs-Elysées et la rue de Rivoli, en acceptant le rehaussement d’un immeuble de la Samaritaine.

Delanoë et les « vieilles pierres »

delanoe_photo_webLe 21 novembre 2011, au gymnase des Cévennes, il s’exprimait sur la tour Triangle. A un moment donné, il s’exclamait (sur l’enregistrement, voir à : 3 mn 25) « l’image de Paris, ce n’est pas simplement venir voir les vieilles pierres…  on attend Paris comme une ville dynamique du XXIe siècle, pas du XVIIIe ou du XIXe…   on lui demande d’être une ville de patrimoine et dans la compétition internationale, dans l’émulation intellectuelle et créative…   la ville ne peut pas vivre, respirer si on a cette vision immobile, crispée, coincée…    ».
En réponse, l’association Monts 14 publiait le hors-série Le langage architectural au temps d’Haussmann. La physionomie de Paris, au fond, est une interprétation originale, unique au monde, d’une culture dont les racines remontent à la Renaissance en Italie aux XVe-XVIe siècle.
Ce document cite notamment Giulio Carlo Argan, historien de l’art fort connu, spécialiste de Brunelleschi, qui fut maire de Rome de 1976 à 1979.

Hidalgo et la modernité de rupture
Hidalgo, dans la continuité de Delanoë, en pire

Hidalgo, dans la continuité de Delanoë, en pire

Hidalgo, en charge de l’urbanisme, va beaucoup plus loin en terme de rupture, avec le projet de l’hôpital Necker, dans un site classé, puis celui de La Poste, à côté de l’hôtel de Choiseul-Praslin, et de proche en proche…
Ce massacre commence à être dénoncé à partir du journal Monts 14 n° 36. Nous sommes étonnés d’assister au raz de marée du mauvais goût dans les concours d’architecture de la Ville…    sans savoir que ce « modernisme » est désormais imposé dans tous les projets qui sortent de terre à Paris. Incroyable mais vrai, le journal Le Monde lui-même fait des éloges dithyrambiques d’un bâtiment fort médiocre.

Dernières analyses

Interview sur Radio-courtoisie

Le 21 avril 2016, Patrice Maire, président de Monts 14 a été interviewé sur les tours dans Paris par Radio courtoisie dans l’émission « libre journal » d’Aude de Kerros sur le thème « Paris mis en danger par les architectes ». L’interview commence à partir de la 42e minute (pour visionner directement la partie sur les tours, mettre le curseur sur la vidéo, faire avancer le bouton rouge jusqu’à la 42e minute ).

 

 

 

 

 

 

Un autre sens de la créativité

Être en rupture n’est pas créer, tout du moins pas nécessairement. Il existe une autre approche de la modernité, allant vers l’harmonie en gardant le sens des proportions.